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Séance S‑06 · tenue le

Quand le manager se trompe : reconnaître, réparer, repartir

Une décision ratée, un recrutement manqué, un projet qui échoue : comment un manager de PME peut reconnaître son erreur, la réparer et en tirer parti.

Petit pont de bois dans un parc fleuri

Tous les managers se trompent. C’est une certitude statistique, pas un aveu de faiblesse : prendre des décisions dans l’incertitude, avec des informations incomplètes et sous la pression du temps, c’est accepter qu’une partie d’entre elles se révèleront mauvaises. La vraie question n’est donc pas de savoir si l’on va se tromper, mais comment on réagit quand cela arrive.

Dans une PME, cette question prend un relief particulier. Le manager y est visible, souvent proche de ses équipes, parfois propriétaire de l’entreprise. Ses erreurs se voient vite et se commentent beaucoup. Sa manière de les gérer façonne durablement la culture de l’entreprise : soit une culture où l’on peut parler des problèmes, soit une culture où on les cache.

Pourquoi il est si difficile d’admettre une erreur

Reconnaître qu’on s’est trompé coûte, pour plusieurs raisons.

D’abord, l’image de soi. Beaucoup de managers ont construit leur légitimité sur leur capacité à avoir raison. Admettre une erreur leur semble menacer leur autorité. C’est en réalité souvent l’inverse : les équipes savent généralement qu’une décision a échoué bien avant que le manager ne le reconnaisse, et c’est le déni, plus que l’erreur, qui entame la confiance.

Ensuite, l’investissement déjà consenti. Plus on a engagé de temps, d’argent et de réputation dans une décision, plus il est difficile d’y renoncer. On continue en espérant que les choses s’arrangent, et l’on aggrave la perte. Ce mécanisme d’escalade de l’engagement est l’un des pièges les plus connus de la décision.

Enfin, l’absence de retour. Plus un manager monte dans la hiérarchie, moins on lui dit qu’il se trompe. Ses collaborateurs filtrent les mauvaises nouvelles, par prudence ou par loyauté. Il peut ainsi persévérer longtemps dans une voie sans issue sans que personne ne l’alerte.

Reconnaître : les signes qu’il faut écouter

Repérer tôt une erreur suppose d’être attentif à certains signaux. Les résultats s’écartent durablement de ce qui était attendu, et les explications avancées changent à chaque réunion. Des collaborateurs habituellement fiables expriment des doutes, ou se taisent soudainement. On se surprend à défendre la décision avec plus d’énergie que les faits ne le justifieraient.

Une bonne pratique consiste à se fixer, au moment même où l’on prend une décision importante, quelques indicateurs et une date de bilan. Si, à cette date, les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, on réexamine sérieusement la situation. C’est le même principe que les critères d’arrêt recommandés pour piloter un projet innovant : décider à froid du moment où l’on se reposera la question.

Réparer : les gestes qui comptent

Une fois l’erreur reconnue, il s’agit d’en limiter les conséquences et de restaurer la confiance.

Le dire simplement

Annoncer une erreur à son équipe n’exige pas de longues explications ni une mise en scène de contrition. Il suffit de dire clairement ce qui n’a pas fonctionné, ce que l’on en comprend et ce qui va changer. Cette sobriété rassure davantage qu’un discours justificatif.

Assumer sans chercher de coupable

La tentation est forte de partager la responsabilité, voire de la reporter sur un collaborateur, un fournisseur ou les circonstances. Même si ces facteurs ont joué, c’est au manager d’assumer la décision qu’il a prise. Les équipes observent attentivement ce moment : si le responsable se défausse, chacun comprendra qu’il vaut mieux ne jamais prendre de risque.

Traiter les conséquences

Reconnaître l’erreur ne suffit pas, il faut agir sur ses effets : rattraper un client mécontent, réaffecter une personne mal positionnée, revoir un budget. Associer l’équipe à ces décisions de réparation transforme un échec en travail collectif.

Repartir : transformer l’erreur en apprentissage

Les organisations qui progressent ne sont pas celles qui se trompent moins, mais celles qui apprennent davantage de leurs erreurs. Un retour d’expérience simple, mené quelques semaines après les faits, aide à comprendre ce qui s’est passé sans chercher de coupable : quelles informations manquaient, quelles hypothèses se sont révélées fausses, quels signaux auraient pu alerter plus tôt.

Ces enseignements méritent d’être partagés. Dans une PME, il n’est pas nécessaire de produire un rapport : une discussion en équipe de direction, quelques lignes dans un document commun, suffisent à éviter que la même erreur se reproduise.

Il est utile aussi de regarder la manière dont la décision avait été prise. Le manager était-il seul ? Avait-il sollicité des avis contradictoires ? La composition de l’équipe permettait-elle l’expression d’un désaccord ? Une équipe où personne n’ose contredire, comme celles que décrit l’article sur le choix des acteurs d’un projet, laisse passer des erreurs qu’un débat franc aurait permis d’éviter.

Les commandements du manager qui s’est trompé

Quelques principes résument cette attitude :

  1. Accepter que l’erreur fait partie du métier.
  2. Fixer à l’avance les signes qui obligeront à se reposer la question.
  3. Écouter les collaborateurs qui expriment un doute.
  4. Reconnaître l’erreur dès qu’elle est établie, sans attendre.
  5. L’annoncer simplement, sans se justifier à l’excès.
  6. Assumer la décision, ne pas désigner de coupable.
  7. Traiter les conséquences avec l’équipe.
  8. Analyser ce qui s’est passé pour comprendre, pas pour juger.
  9. Partager ce que l’on a appris.
  10. Repartir, sans laisser la peur de se tromper paralyser les décisions suivantes.

Ce dernier point est essentiel. Un manager échaudé par une erreur peut devenir excessivement prudent, multiplier les validations, reporter les choix difficiles. Or l’indécision a aussi un coût, souvent moins visible mais tout aussi réel.

L’intérêt d’un regard extérieur

Traverser une erreur importante est plus facile lorsqu’on n’est pas seul. Un coach peut aider le manager à prendre du recul, à distinguer ce qui relevait de sa décision et ce qui relevait des circonstances, à préparer l’annonce à son équipe. Un mentor, qui a lui-même traversé des échecs, peut partager la manière dont il les a surmontés. Dans les deux cas, l’accompagnement aide à faire de l’erreur un moment d’apprentissage plutôt qu’une blessure durable. C’est aussi l’un des leviers d’un management stratégique qui accepte de revoir ses choix lorsque la réalité l’exige.